Souvenirs familiaux

26 septembre 2019

Les premières années

 

 

Cela fait déjà plus de dix ans que je suis à la retraite . Le temps passe vite .

Je viens de relire les récits que j'avais rédigés il y a quelques années à l'intention de mes enfants et petits enfants .

Ma principale motivation , lorsque j'ai commencé à rédiger ces histoires , était de relater , comme l'avait fait ma mère avant moi , quelques anecdotes inconnues de ma famille , soit parce que elles dataient de ma petite enfance et de ma vie d'adolescent , soit parce qu'elles concernaient ma vie professionnelle .

En me relisant aujourd'hui , j'ai eu le sentiment que mes récits étaient un peu trop nombrilistes et j'ai eu envie de les compléter en présentant cette fois des souvenirs plus centrés sur nos premières années de mariage et parler aussi de nos enfants et de nos petits enfants .

Vaste programme .

Pour m'aider à me remémorer ces souvenirs , j'ai utilisé la méthode que ma mère avait mis en œuvre lorsqu'elle avait elle aussi rédigé ses mémoires .

J'ai ouvert un à un nos anciens albums de photos , j'ai pu ainsi remonter le fil du temps et retrouver quelques émotions parfois oubliées .

Je démarre mon récit en 1963.

j'avais 20 ans . J'étais étudiant à l'université Paul Sabatier de Toulouse.

Mes parents venaient de vendre le bureau de tabac du pont de Blagnac et débutaient leur première année de retraite dans leur nouvelle résidence , le château de Peyrolade à Daux .

Ma sœur Louisette était pensionnaire au collège d'enseignement catholique , l'Annonciation à Seilh .

Mon frère Christian était encore conseiller agricole ou peut-être déjà directeur du lycée agricole de Gaillac .

Il vivait à Lavaur avec son épouse Jeannine et ses enfants Thierry et Véronique .

Quant à moi , je débutais ma deuxième année universitaire à la faculté de Rangueil et j'habitais un petit appartement à Toulouse , rue Cujas prés de la place du capitole au troisième étage au dessus d'une boîte de nuit , le Blendy .

Je ne retournais chez mes parents que pour les week-ends , au volant de ma Volkswagen verte , la fameuse coccinelle .

Mes activités hebdomadaires se partageaient entre les cours à la faculté et mon job de surveillant d'externat au lycée Nord .

Marie-Claire habitait encore chez ses parents à Toulouse près du Grand rond .

Elle était étudiante au lycée Ozenne prés de l'église Saint Sernin et poursuivait ses études qui l'ont amenée, quelques années plus tard , à l'obtention d'un BTS de secrétariat de direction .

 

Notre quartier général de l'époque où nous passions la plus grande partie de notre temps était un fameux bar de la place du capitole qui n'existe plus aujourd'hui , le Mon Café que tout le monde appelait Mon Caf .

C'était un café à l'ancienne avec une décoration rouge et blanche qui le faisait plutôt ressembler à une boucherie qu'à un café .

Il était assez moche et n'avait pas la classe de l'autre café étudiant de Toulouse , le Lafayette que l'on appelait , le Laf et qui existe toujours place Wilson .

Le Laf était le lieu de rassemblement des étudiants des facultés de Droit , de médecine et de l'école de Commerce , beaucoup plus aisés que nous autres étudiants de la faculté des sciences .

Je me souviens qu'il y avait garées devant le Laf quelques Triumphs et MG décapotables , rien à voir avec les 2cv et 4 cv stationnées sur la place du Capitole .

Notre Mon Caf était beaucoup plus modeste .

Je me souviens de la patronne que l'on surnommait Nénette qui nous surveillait en coin , assise derrière la caisse enregistreuse et aussi de ses garçons de café Robert , Charly et Roger qui n'arrêtaient pas de nous raconter des blagues minables qui nous amusaient beaucoup .

Sans oublier Dédé , le marchand de journaux qui déambulait dans le quartier , toujours légèrement éméché dès dix heures du matin .

On l'avait surnommé Enfin ça y est , car il inventait tous les jours une nouvelle improbable du genre enfin ça y est le Pape est mort . Les badauds se précipitaient pour lui acheter son journal .

Il y avait au fond du café , une salle remplie de baby foot qui nous occupait une grande partie de nos soirées et au sous sol une salle de billard colonisée par une dizaine de passionnés dont l'un des plus assidu était , je l'ai appris par la suite , un cousin de Marie-Claire , Jean Laffaille qui avait été plusieurs fois champion de France .

 

C'est à Mon Caf que j'ai aperçu pour la première fois Marie- Claire .

Elle accompagnait ce jour là , sa copine Christiane qui cherchait à se rapprocher d'un camarade de sa classe dont elle était amoureuse , mon ami d'enfance Jacques Gallart .

Elles revinrent les jours suivants et devinrent rapidement membres de notre bande .

A cette époque, nous allions souvent danser au premier étage d'un autre bar de la place du capitole le Borios .

Ce n'était pas réellement un dancing mais une salle où une association d'étudiants organisait des matinées dansantes tous les week-ends au son d'un électrophone .

C'était le début de ce que l'on appelait les sur-booms .

On trouvait encore à Toulouse des dancings avec des petits orchestres mais les étudiants préféraient ces salles plus modernes car on y écoutait les derniers standards américains sur les fameux vinyles 45 tours .

On dansait comme des fous sur des airs sud américains avec los Machucambos ou Ben et sa Tumba  et au rythme du rock'n roll d' Elvis Presley et de Little Richard .

Je me revois encore la chemise en nage après une séance de danses intenses , essayant de reprendre mon souffle et admirant les lumières de la place du capitole du haut du balcon du Borios par une douce nuit de printemps .

Je me souviens surtout du moment le plus important de l'après midi , celui que l'on ne voulait rater pour rien au monde , les séries de slows avec Georgia de Ray Charles et Only you des Platters .

Dans notre bande , chacun d'entre nous avait sa méthode pour draguer les filles .

Francis était assez complexé , probablement à cause de ses oreilles décollées , il dansait rarement .

Loulou draguait à distance , rien qu'avec les yeux et cela fonctionnait généralement assez bien .

Marceau , le plus beau de la bande n'avait aucun problème pour danser et pour draguer les plus jolies filles .

Mais Jacques était de très loin le plus efficace , il dansait très peu mais emballait facilement l'air de rien .

Moi je me débrouillais assez bien surtout grâce à mon bagout . Je parlais beaucoup . Ma méthode consistait à faire rire les filles . Cela ne marchait pas toujours .

A ce sujet Marie-Claire raconte souvent que lors de notre première rencontre elle est restée assise à coté de moi toute l'après midi alors qu'elle ne pensait qu'à danser car , comme je n’arrêtais pas de lui parler personne n'osait l'inviter .

Pour revenir aux slows , la soirée était réussi lorsqu'ils se concluaient comme il se doit par une superbe pelle comme on disait à l'époque .

A propos de baiser , je dois préciser que mon premier avec Marie-Claire , celui qui compte , a bien eu lieu au cours d'un slow mais pas au Borios mais à la Pizzeria , un club qui était situé rue Gabriel Péri près du boulevard Strasbourg .

 

C'était un époque insouciante . On ne craignait pas le chômage .

On n'était pas pressé d'entrer dans la vie professionnelle ni de s'engager par le mariage dans la vie d'adulte .

Chaque soir , après les cours , notre bande se réunissait à Mon Caf .

On ne parlait pratiquement jamais de politique , ni de sports .

Nos interminables discussions concernaient essentiellement les films que nous avions vus la veille car le cinéma occupait la majeure partie de nos loisirs .

Les cinémas de Toulouse étaient concentrés autour de la place Wilson .

Il y avait le Plaza , le Trianon , le Gaumont , les Variétés , le Zig zag , le Rio , le Wilson , le Paris , le Français , l'ABC ,les Américains , tous fréquentées en semaine par des étudiants .

Pour les films , on avait moins le choix qu'aujourd'hui car il n'y avait pas de complexes multi salles .

Ils étaient diffusés une à deux semaines après Paris et pour certains films américains quelques mois après New-York .

On attendait impatiemment l'arrivée de ces films , après avoir lu et relu toutes les critiques à leur sujet sur les journaux .

On se précipitait dès la première projection pour pouvoir participer ensuite aux nombreux débats qui nous occupaient des soirées entières jusqu'à la séance suivante .

 

C'était l'époque des premiers James Bond avec Sean Connery , des westerns spaghettis de Sergio Leone , de la nouvelle vague avec Claude Chabrol , Jean luc Godard , François Truffaut , des gendarmes de Saint Tropez avec De Funes , et des films de mes acteurs préférés Lino Ventura et Jean Paul Belmondo .

Ces séances étaient beaucoup plus animées qu'aujourd'hui .

On chahutait énormément en regardant les films et on adorait faire des réflexions à haute voix pour amuser nos copines .

Je me souviens d'une séance particulièrement folle , lors de la sortie du film , d'où viens-tu Johnny avec Johnny Hallyday et Sylvie Vartan .

La salle était remplie d'étudiants qui criaient et reprenaient en cœur les airs du film .

On faisait tellement de bruit que l'on n'entendait pas les répliques des acteurs .

 

Je me souviens aussi d'un autre chahut non pas au cinéma mais lors d'un récital de France Gal .

Cette malheureuse chanteuse devait ce jour là être légèrement enrouée . Aussi , tous les étudiants se mirent à accompagner ses chansons en haletant bruyamment en même temps qu'elle . Elle n'avait pas apprécié .

Mais la plus grosse blague, je l'ai réalisé quelques mois plus tard avec mon grand copain Hubert .

Nous avions fait le pari de subtiliser la casquette d'une hirondelle , les gendarmes de l'époque , directement sur sa tête , sans qu'il ne se doute de rien .

On a monté notre coup lors d'un concert de Johnny Hallyday à la Halle aux grains .

On savait qu'à la fin du concert , Johnny devait s'échapper par la sortie arrière et comme à chaque spectacle il était attendu par une foule de fans en délire .

On avait constaté lors de précédents spectacles que , pour protéger la sortie des artistes , il y avait toujours une dizaine d' hirondelles qui formait un rempart entre les artistes et la foule de fans et on avait imaginé qu'à l'instant du passage de Johnny , on profiterait de la bousculade pour subtiliser la casquette d'un gendarme .

Hubert s'était positionné derrière un grand gendarme au premier rang des fans . Moi je me trouvais à quelques mètres en arrière .

Au passage de Johnny, Hubert s'est emparé de la casquette et me l'a lancée par dessus la foule .

Je l'ai récupérée et suis parti à toutes jambes vers ma voiture .

Quelques instants après , nous sommes revenus sur le lieu de nos exploits pour constater que le gendarme s'était fait engueuler par son supérieur car il ne retrouvait plus sa casquette .

Je me souviens que c'était un grand gaillard chauve .

On avait bien ri et on était très fier de notre exploit .

Hubert a conservé longtemps son trophée dans sa chambre sans que ses parents ne s'en inquiètent .

 

Un autre souvenir me reviens de cette époque .

Il y avait autour de Toulouse une dizaine de fermes qui louaient des chevaux et , pour le prix d'une séance de cinéma nous pouvions pendant une heure nous prendre pour des cow-boys .

Je me souviens encore aujourd'hui de la très forte émotion que j'avais ressenti lorsque, pour la première fois, mon cheval était parti au galop .

Nous avons à la maison une photo où l'on voit Linda montait sur un cheval pour la première fois .

Je me souviens que ce cheval restait très très calme au milieu d'un près , et tout à coup il s'est mis à brouter doucement de l'herbe . C'est alors que l'on a entendu Linda hurler : Au secours !! il bouge .

 

En fait ces ballades n'étaient pas de tout repos car aucun d'entre nous n'avaient jamais pris de leçons d'équitations et qu'aucun instructeur ne nous accompagnait .

Le personnel de la ferme nous aidait simplement à monter une première fois sur les chevaux et venait les récupérer une heure plus tard à notre retour .

Si nous dépassions l'heure on devait payer un supplément .

On s'est aperçu rapidement qu'un cheval ne se pilotait pas comme une bicyclette et que , bien que choisi parmi les plus dociles ils n'en faisaient qu'à leur tête .

Ils avaient tendance à s'arrêter pour brouter de l'herbe et surtout à essayer de nous désarçonner en passant sous des branches et lorsqu'ils avaient réussi , ils rentraient seuls à l'écurie .

Marie-Claire montait souvent une gentille jument rousse nommée Java . Elle était très calme et ne lui a jamais posé de problèmes . Je ne me souviens pas du nom du cheval d' Eliane , il était lui aussi très calme .

Par contre Marc , son copain de l'époque avait choisi Bayard un cheval un peu plus fougueux qui était réservé à des cavaliers plus expérimentés .

Et ce qui devait arriver arriva .

Marc fut rapidement désarçonné et Bayard rentra tout seul à l'écurie . Et Marc légèrement vexé mais heureusement sans mal revint à pied .

On s'était beaucoup moqué de lui .

Comme je pensais être un meilleur cavalier , j'ai décidé , pour faire le malin , de monter à mon tour Bayard .

J'étais tout de même un peu inquiet mais je ne pouvais plus me désister .

Donc , le week-end suivant , j'ai insisté pour monter Bayard .

J'ai commencé à démarrer au pas , puis au trop en essayant de le retenir au maximum mais Bayard est parti tout à coup au grand galop et au moment où je m'y attendais le moins , il fit un grand écart sur le côté , pratiquement à angle droit et moi tout naturellement je me suis retrouvé dans le fossé , heureusement sans mal mais avec une très grosse frousse .

Et comme Marc , le week-end précédent je revins à pied à l'écurie sous les regards moqueurs .

J'ai eu tellement peur ce jour là , que je ne suis plus jamais monté sur un cheval de ma vie.

 

Ce fut aussi à cette époque que nous avons démarré le ski .

J'avais vingt ans , Marie-Claire dix-sept. Nous n'avions pas encore l'intention de nous marier car nous n'étions pas autonomes financièrement .

Nous poursuivions nos études , Marie-Claire , son BTS de secrétariat de direction au lycée Ozenne , et moi ma licence de sciences physiques à l'université Paul Sabatier .

Tous les soirs je la retrouvais à la sortie des cours et je la raccompagnais chez ses parents

mais nous passions tout nos loisirs ensembles entourés de tous nos copains et copines qui pour la plus part n'était pas en couple .

Nous avons d'ailleurs étaient parmi les premiers mariés de notre bande .

Revenons au ski .

Nous étions tous débutants exceptés Marceau et Jean-Louis .

Nous nous étions inscrits à l'Escagarol , une association sportive toulousaine qui nous louait les skis et qui nous transportait vers les stations pyrénéennes en car tous les dimanches .

Départ de Toulouse à six heure du matin , retour vers dix heures du soir .

Nos équipements n'étaient pas aussi performants que ceux d'aujourd'hui . Les chaussures en cuir , les gants,les pantalons fuseaux et les anoraks étaient beaucoup plus légers . On avait souvent très froid .

Les skis en bois très longs , les miens mesuraient deux mètres dix , étaient très difficiles à manœuvrer en particulier dans les nombreuses bosses car les pistes n'étaient pas damées .

Avec des skis de cette taille , il était très difficile de faire des conversions .

Les carres n'étaient pas aussi affûtées qu'aujourd'hui . Il y avait énormément de plaques de verglas .

Et pour couronner le tout , nous ne prenions pas de leçons car elles étaient trop chères et il y avait trop peu de moniteurs.

On apprenait à skier en regardant les copains qui avaient quelques jours d'avance sur nous.

Pour accéder aux pistes , il fallait pouvoir prendre sans tomber le téléski car il n'y avait pas de télésiège à l'époque .

Cela ressemblait souvent à la roulette russe . On ne savait jamais lorsqu'on prenait un téléski si l'on arriverait au sommet sans problèmes .

Au démarrage ils nous propulsaient avec une très forte accélération qui nous soulevait du sol sur quelques mètres . La retombée était pour les débutants très acrobatique .

Et tout le long du parcours ces téléskis étaient semés d’embûches . Plaques de verglas , virages à quatre vingt dix degrés , manque de neige qui nous soulevait dans les airs .

Ce dernier point était un gros problème pour Marie-Claire qui , comme elle était légère , se retrouvait très souvent à un mètre du sol . L'atterrissage était parfois difficile .

Mais le danger pouvait aussi provenir des autres skieurs .

Je me souviens d'un jour ou nous tentions de rejoindre les pistes d'une petite station qui je crois est rattachée aujourd'hui à Guzet neige.

Nous étions une trentaine de débutants essayant de prendre le téléski qui ce jour là comportait un passage légèrement verglacé à mi pente.

Environ un skieur sur trois n'arrivait pas à passer cet obstacle . Il dérapait puis glissait en arrière sur la pente , emportant à sa suite tous les skieurs qui le suivaient .

Je revois encore notre file de débutants qui se préparaient avec une grosse inquiétude à prendre le téléski , en scrutant le haut de la pente , là où se trouvait la plaque de verglas .

Avec , à coté de nous un gros tas constitué par les skieurs malchanceux qui n'avaient pas pu franchir l'obstacle et qui essayaient de se sortir de la mêlée .

Je me souviens aussi des grands schuss au Pas de la Case .

Les pistes n'étaient pas damées et les skieurs laissaient derrière eux des traînées qui formaient avec le gel de la nuit précédentes des sortes de rails profonds .

Comme nous étions débutants , nous avions du mal à nous sortir de ces traces et quelques fois , au lieu d'avoir mis nos skis dans les traces d'un seul skieur , pied droit sur trace droite et pied gauche sur trace gauche , nous avions mis nos planches sur les traces de deux skieurs différents ce qui , lorsque elles se séparaient , nous obligeaient à faire , soit un grand écart , soit à croiser nos skis . Dans tous les cas cela se terminait par de spectaculaires plongeons dans la neige , généralement sans trop de problèmes.

On rentrait au refuge trempés jusqu' aux os , frigorifiés mais heureux .

C'est aussi au cours de ces années que nous avons fait nos premières randonnées estivales en montagne , sous les conseils de Jean-Louis qui lui avaient passé une grande partie de ses vacances à Cauteret .

Je me souviens de nos premières ballades au cirque de Gavarnie , au lac de Gaube , à la brêche de Roland , au lac d'oo et à l'hospice de France . Là encore nous étions débutants et parfois imprudents .

En particulier lors d'une randonnée vers le port de Vénasque que nous avions démarré après un repas au restaurant en chaussures de ville .

Nous n'avons pas pu monter très haut , arrêtés par la fatigue , le mauvais temps et Kiki qui s'était cassée ses talons sur les rocailles .

Mais je me souviens surtout de mes premières et fortes émotions lors de ces ascensions , émotions que j'ai toujours eu du mal à décrire mais que je ressens encore aujourd'hui chaque fois que je pars en montagne . La même émotion que celle qu'éprouvait la chèvre de monsieur Seguin lorsqu'elle s'était échappée dans la montagne .

Les premières années de mariage

 

Enfin , en 1968 nous avons décidé de nous marier

.

Marie-Claire venait d'obtenir son BTS de secrétariat de direction et elle envisageait de poursuivre ses études dans une école de commerce .

Quant à moi , après quelques années de galère , j'avais obtenu mes derniers certificats de physique à la faculté des sciences et j'avais décidé de poursuivre mes études supérieures au Laas pour obtenir en quelques années un doctorat d' Automatique .

Ma thèse à temps plein m'interdisait de continuer mon travail de surveillant d'externat au lycée Nord

qui était relativement bien payé . Je n'avait plus comme ressource que des petits jobs comme professeur de physique à temps partiel au collège de la rue des potiers ou moniteur de travaux pratiques à l'école d'ingénieurs de l'Enseeiht . Que des travaux payés l'équivalent d'un tiers de Smic

Pour que l'on puisse se marier tout en me permettant de poursuivre mes études , Marie-Claire décida d’arrêter les siennes .

Elle avait toujours eu de bonnes notes scolaires et aurait pu faire une brillante carrière en droit , dans une banque ou une administration .

 

Elle a trouvé très rapidement une place au laboratoire de génie électrique de l'école d'ingénieurs de la rue Camichel en qualité de secrétaire de direction du professeur Lacoste , le responsable du département . Ce poste était relativement bien payée .

Nous nous sommes fiancés .

Je me souviens que mon dernier salaire de surveillant d'externat m'avait permis d'acheter la bague de fiançailles de Marie -Claire .

Puis nous nous sommes mariés en juin 1968 . Notre mariage a très peu modifié notre vie de l'époque . Nous vivions entourés de copains avec très peu de moyens , comme la plus part des étudiants mais très heureux .

Ces années insouciantes ont durées environ sept ans jusqu'à mon embauche à l'Aérospatiale et à l'arrivée de nos enfants .

 

Notre premier appartement à Toulouse était situé près du grand rond , rue Benjamin Constant , au rez de chaussée d'un petit immeuble de deux étages .

Il y avait une pièce avec un coin cuisine qui donnait sur la rue et une autre pièce coté cour qui nous servait de chambre . Il y avait aussi un coin douche , un lavabo et un bidet .

Mes parents nous avaient payé un petit réfrigérateur et une cuisinière à gaz et nous avaient donné une table de salle à manger de ma grand mère , deux grands fauteuils , quatre chaises et un gros bahut du château de Daux . Nous avons toujours les fauteuils à Brax . Nous avons donné le bahut à Louisette lorsqu'elle s'est mariée . Elle l'a encore aujourd'hui .

Coté chambre , les parents de Marie-Claire avaient commandé à Robert Delmas , le cousin de Marie-Claire qui était ébéniste à la Juncasse , une très belle armoire et un lit de style Louis XVI que l'on a toujours .

Nous n'avions ni téléviseur , ni radio , ni chaîne stéréo . Nos quatre meubles et ma volkswagen , constituaient notre unique patrimoine mais nous nous sentions très riches comparés à nos copains étudiants .

Tous les matins je partais au LAAS près de Rangueil avec ma voiture et Marie-Claire n'avait que quelques mètres à faire pied pour rejoindre le laboratoire de génie électrique de la rue Camichel .

 

 

 

 

 

 

Les loisirs

 

Pour les loisirs , il y avait les activités classiques des étudiants de l'époque , le cinéma , les repas avec les copains , les sorties à la mer ou à la montagne et bien sûr les vacances à l'étranger mais je l'ai déjà relaté .

Et puis quelques activités plus originales .

 

Tout d'abord les parties de poker .

On avait pris l'habitude à cette époque de se rencontrer le soir entre copains avec Marc Belin , Jacques Gallart , Jacques Negre , Christian Maury et quelques autres pour faire d'interminables parties de poker chez l'un d'entre nous .

Pour donner du piquant à nos parties on avait décidé de miser au cours chaque soirée une somme qui correspondait au prix d'une place de cinéma ce qui était important pour nous , vu nos faibles revenus .

Avec cette règle celui qui avait perdu sa mise initiale ne pouvait plus continuer la partie .

Il était condamné à regarder ses copains jouer le reste de la soirée car , au petit matin , les gagnants invitaient tout le monde à déguster la fameuse soupe à l'oignon du restaurant l'Etincelle près de la gare Matabiau .

Les filles ne jouaient pas mais nous accompagnaient tout au long de la nuit .

C'est ainsi que lors d'une soirée , chez Christian Maury , Marie-Claire qui s'était endormie sur un canapé avec ses talons hauts , s'est cassée le métatarse en se relevant brusquement .

Elle a du porter un plâtre pendant quelques jours et n'a pas osé dire à son travail qu'elle s'était foulée la cheville en descendant d'un divan , lors d'une soirée de poker .

Elle préféra dire qu'elle se l'était faite sur une piste de ski .

 

Je me souviens d'une autre activité originale que l'on pratiquait à l'époque durant nos loisirs .

Les rallyes touristiques.

Nous nous retrouvions régulièrement dans la banlieue de Toulouse répartis à quatre par voiture .

Le jeu consistait à trouver la réponse à des énigmes qui nous permettaient de nous déplacer étape après étape jusqu'au point final .

Notre premier rallye de ce type avait été organisé pour fêter la création du Laas .

Je me souviens que cela avait été une sacrée fête .Tout le personnel du Laas avait été invité à y participer .

Il y avait les doctorants , les techniciens , les administratifs , les chercheurs , les professeurs et même notre directeur , le professeur Jean Lagasse . Mais aussi le personnel de l'autre établissement sous l'autorité de ce même professeur , le laboratoire de Génie électrique dont Marie-Claire était la secrétaire de direction .

La règle de ce rallye avait été modifiée d'une façon assez originale .

Chaque épreuve était sensée se passer dans un pays différents , par exemple, l'Italie , l'Espagne , la Hollande etc . Pour se rendre d'un pays à un autre il fallait répondre à des énigmes .

Mais au lieu de gagner des points à chaque bonne réponse , on devait payer une amende à chaque erreur .

Au début du jeu on nous distribuait une enveloppe contenant les différentes monnaies relatives aux pays traversés et à la fin de la journée , il restait aux occupants de chaque voiture une certaine somme qui nous permettait de participer à une vente aux enchères .

Il y avait de très beaux objets à gagner provenant de brocantes . Je me souviens qu'avec Marie-Claire on avait récupéré un magnifique objet en bronze , probablement du XVIII° siècle .

Un vase avec son pilon que l'on a encore conservé aujourd'hui .

Mais ce qui m'avait le plus épaté était la façon dont on avait réalisé ces fameuses monnaies .

On possédait au Laas , chose rare à l'époque , une imprimante couleur et des techniciens avaient photocopié des vraies monnaies sur du papier ordinaire mais seulement côté verso .

Alors pour faire le malin , j'avais demandé à l'un d'eux , s'il ne pouvait pas me fabriquer des faux billets .

On avait bien ri à l'époque sauf que , quelques années plus tard , j'ai appris que ces mêmes techniciens avaient été arrêtés par la police avec une valise de fausses pesetas .

Pesetas qui avaient été fabriqués avec la fameuse imprimante couleur .

 

J'ai un autre souvenir de ces rallyes .

Ceux organisés par mon copain Hubert qui était devenu un maître dans l'art de concocter des énigmes improbables avec des jeux de mots foireux qui nous faisaient bien rire . Il en organise encore aujourd'hui .

Je me souviens particulièrement de deux épreuves .

La première consistait en une partie de rugby avec un canard vivant . Pauvre canard .

Il a survécu au match et je me rappelle qu'il nous a accompagné après le rallye à la féria de Pampelune . On lui avait mis un foulard autour du coup et un petit béret rouge et , comme il était tout blanc , il avait le même costume que nous .

Et , en plus , il a passé toute la semaine avec nous en buvant du Cuba Libre .

 

L'autre épreuve dont je me souviens était encore plus folle .

J'avais toujours raconté à Hubert que je rêvais depuis longtemps de participer à une bagarre de tartes à la crème . En particulier depuis que j'avais vu au cinéma , la célèbre bagarre avec Laurel et Hardy .

Alors , un jour Hubert , au cours d'un rallye en imagina une .

Je me souviens qu'il faisait très chaud ce jour là . Hubert emmena tout le monde près d'un grand champ au milieu du quel il avait caché une cinquantaine d'assiettes en cartons remplies de farine et d’œufs . L'épreuve consistait à trouver les assiettes , et à les lancer sur les adversaires . Celui qui resterait propre serait le gagnant . Mais il n'y eut que des perdants ce jour là .

 

Je me souviens aussi d'une soirée en Espagne .

Toute la bande était parti en week-end sur la Costa Brava à Cadaqués .

Il y avait entre autre Kiki , Hubert et Martine qui nous connaissait à peine car elle venait de rencontrer Jean-Louis quelques jours auparavant lors d'un des fameux rallyes organisés par Hubert .

Le samedi soir , nous étions une dizaine et nous avions décidé d'aller manger des langoustes qui étaient selon nos informations délicieuses et peu chères dans une des nombreuses auberges du bord de mer .

La soirée avait bien débuté mais à notre grande surprise , les langoustes que l'on nous servit

ne ressemblaient pas aux énormes crustacés qui barbotaient dans l'aquarium à l'entrée du restaurant mais n'étaient en fait que de très petites langoustines , pratiquement des crevettes .

Nous étions , surtout les mâles , très vexés de s'être fait arnaquer de la sorte et , nous avons décidé de partir sans payer …

En fait cette décision s'est prise à l' unanimité des mâles sous le double effet de la tiédeur du soir et du rosé catalan . Mais surtout pour épater les filles qui d'ailleurs n'étaient pas épatées du tout mais plutôt très inquiètes de l'évolution de la soirée .

Nous avons opéré de la manière suivante . Tout d'abord , les filles sont sorties les premières accompagnés de quelques uns d'entre nous .

Au bout de quelques minutes , et pour laisser à notre troupe suffisamment de temps pour ne pas être rattrapé , je suis sorti discrètement du restaurant avec Hubert qui était resté avec moi .

Une fois dans la rue , nous sommes partis à toutes jambes .

Nous étions fiers de notre aventure exceptées les filles qui n'avaient pas du tout apprécié notre comportement de petits bourgeois qui voulaient jouer aux voyous .

Il faut dire que l'Espagne était à l'époque sous le régime du général Franco et que se confronter à la police était particulièrement risqué .

 

 

 

 

Nous avons un autre souvenir de l'époque où nous habitions rue Benjamin Constant .

Un soir il y eut à Toulouse un orage assez violent et notre appartement fut complètement inondé .

Je me souviens que les pieds des fauteuils du château furent endommagés . C'est Robert Delmas le cousin ébéniste qui nous les a réparé .

Heureusement il n'y eu pas trop de désordre mais Marie-Claire craignant que l'appartement soit inondé à chaque orage me proposa de le quitter .

Nous nous sommes installés dans un nouvel appartement rue Camille Desmoulins dans le quartier Rangueil .

J'étais plus prêt du Laas mais Marie-Claire devait se rendre à son travail en prenant le bus .

L'appartement était situé au deuxième étage d'un petit immeuble sans ascenseur . Là au moins nous ne craignons pas les inondations . Il était plus moderne que notre premier appartement et assez jolie. Le quartier était calme . Il y avait cependant un point qui nous avait fait hésiter à le louer .

L'immeuble jouxtait une voix de chemin de fer . Notre vie a été rythmée par les passages des trains . Mais cela ne nous a pas trop dérangé .

Nous avons deux souvenirs à propos de cet appartement .

Le premier est assez étrange .

Le lendemain de notre installation , comme je sortais de notre appartement probablement pour aller chercher du pain , j'ai rencontré sur le palier nos amis Marceau et Françoise Riche .

Une semaine avant , nous avions été invités à leur mariage puis ils étaient partis en voyage de noce en Grèce .

Surpris , je leur demandais ce qu'il faisait là et ils m'ont appris , chose extraordinaire, qu' ils venaient tout juste d'emménager dans leur nouvel appartement qui se situait dans le même immeuble que nous et sur le même palier . On ne s'était pas concernés et d'ailleurs , on n'avait pas choisi la même agence de location .

Pendant quelques années on est restés voisins .

 

Je me souviens d'une autre soirée , avec Marceau dans cet appartement .

Nous avions acheté un petit téléviseur de couleur rouge que l'on avait installé sur une table basse .

Marceau et Françoise n'avaient pas de téléviseur et ils venaient parfois chez nous regarder un film ou un match.

C'est ainsi qu'un soir ,en 1969 , nous les avions invités pour assister aux premiers pas sur la lune des astronautes américains .

Mais la soirée s'éternisait et à minuit , les premiers pas se faisaient toujours attendre .

Françoise décida de retourner chez elle et nous on a installé le téléviseur dans notre chambre et on s'est couchés , tous les trois avec Marceau . On surveillait l'alunissage , dans un demi sommeil mais finalement vers deux heures du matin on a pu enfin assister à cet événement extraordinaire .

Cela en à fait marrer plus d'un quand j'ai raconté plus tard que Marie-Claire avait regardé Amstrong faire ses premiers pas sur la lune , couchée avec son mari et son copain .

 

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